A la ligne – Joseph Ponthus

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« A la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer. Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de boeufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes. »

coupdecoeurJ’ai emprunté le premier roman de Joseph Ponthus, A la ligne, feuillets d’usine, à la bibliothèque, sur les conseils de Ségolène une des copines de N’écoute pas les idoles, notre émission sur Radio Béton. Je l’ai emprunté sans même lire le résumé, car ses précédents conseils étaient au top. J’avais vu par ailleurs quelques critiques, mais je ne m’y étais pas arrêtée, je savais juste que la forme du roman était atypique. Je ne vais pas faire comme certains blogueurs et écrire mon billet à la manière de Joseph Ponthus, car je suis certaine que ma prose serait de bien piètre qualité par rapport à celle de l’auteur, alors tant pis, point d’originalité de ma part.

La forme de A la ligne est originale. Il n’y a pas de ponctuation, ou si peu, un point d’exclamation de temps en temps, quelques guillemets et c’est tout. Mais ne fuyez pas, il ne s’agit pas d’un roman à la forme ultra moderne mélangeant dialogues et descriptions en un paragraphe unique de 387 pages. Non, A la ligne est comme un poème en prose, aéré, chapitré. Mais ne fuyez pas, il y a tout de même de quoi lire, il ne s’agit pas d’un poids net de 266 pages et à l’arrivée d’un poids égoutté de 44 pages.

Joseph Ponthus travaillait avec les jeunes en difficulté, puis il s’est marié et installé en Bretagne, près de Lorient. Ne trouvant pas de boulot dans son secteur, il a frappé à la poste d’une agence d’intérim et s’est retrouvé à l’usine. Les crevettes, puis le poisson pané, le tofu à égoutter, le sang et les graisses à nettoyer dans un abattoir, Joseph Ponthus raconte.

Il raconte les horaires, le froid, les collègues parfois cons, souvent solidaires, les petits chefs, le froid encore, la fatigue, la pénibilité. Il raconte avec sa prose, ses mots qui vont sans cesse à la ligne et son érudition de littéraire.

On est loin de la dureté de certains ouvrages ou certaines vidéos qui dénoncent les abattoir. Ici A la ligne raconte l’homme, raconte l’usine et ses mots se fraient un chemin jusqu’au cerveau, nous rappellent que derrière nos crevettes en barquette et nos plats cuisinés, il y a des hommes et des femmes qui font tourner les usines pour un salaire souvent de misère dans des conditions souvent difficiles, où l’on risque de se faire trancher un doigt, un pied.

A la ligne réveille le cerveau et touche le cœur. Ce texte est une vrai beauté. Un vrai livre sur l’usine. Un vrai beau livre. J’ai pris une claque et franchement, j’ai encore envie de dire un grand merci à mon amie Ségolène pour ce conseil. Ce livre est une merveille.

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A la ligne, feuillets d’usine – Joseph Ponthus – La Table ronde – 266 pages (janvier 2019)

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