Mon année de repos et de détente – Ottessa Moshfegh

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« J’avais commencé à hiberner tant bien que mal à la mi-juin de l’an 2000. J’avais vingt-six ans… J’ai pris des cachets à haute dose et je dormais jour et nuit, avec des pauses de deux à trois heures. Je trouvais ça bien. Je faisais enfin quelque chose qui comptait vraiment. Le sommeil me semblait productif. Quelque chose était en train de se mettre en place. En mon for intérieur, je savais – c’était peut-être la seule chose que mon for intérieur ait sue à l’époque – qu’une fois que j’aurais assez dormi, j’irais bien. Je serais renouvelée, ressuscitée… Ma vie passée ne serait qu’un rêve, et je pourrais sans regret repartir de zéro, renforcée par la béatitude et la sérénité que j’aurais accumulées pendant mon année de repos et de détente ». Jeune, belle, riche, fraîchement diplômée de l’université de Columbia, l’héroïne du nouveau roman d’Ottessa Moshfegh décide de tout plaquer pour entamer une longue hibernation en s’assommant de somnifères. Tandis que l’on passe de l’hilarité au rire jaune en découvrant les tribulations de cette Oblomov de la génération Y qui somnole d’un bout à l’autre du récit, la romancière s’attaque aux travers de son temps avec une lucidité implacable, et à sa manière, méchamment drôle. »

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La première fois que j’ai vu Mon année de repos et de détente, d’Otessa Moshfegh, je me suis dit que la couverture de ce livre était carrément bizarre. Très Austenien. Très rose. Avec une pointe de punk. Et après un petite discussion avec mon amie Mélanie, libraire à la Droguerie de Marine à Saint-Malo (si vous allez à Saint-Malo, c’est une visite incontournable à faire), à propos de cette couverture, je me suis demandée si elle était vraiment si ratée. Elle ne m’a pas laissée indifférente et a réussi à se démarquer de toute la production de la rentrée littéraire – 524 titres tout de même. En tout cas, c’est cette couverture qui m’a donné envie de lire le résumé – pas sûre que j’aurais franchi le pas avec une sobre couverture blanche du genre des éditions de Minuit. Alors, finalement, cette couverture n’est peut-être pas ratée du tout, à défaut d’être superbe.

En démarrant ma lecture, j’ai beaucoup pensé à mon amie Chloé et à ses problèmes de sommeil. En plus, l’héroïne est aussi une jolie blonde de bonne famille, légèrement borderline. Du coup, j’étais en terrain connu.

Au début du roman, je me suis demandée si je n’allais pas m’ennuyer. L’héroïne raconte ses problèmes de sommeil, les médicaments qu’elle prend, les endroits où elle va et surtout où elle n’a plus envie d’aller. Elle n’est pas particulièrement attachante. Pas non plus particulièrement sympa – contrairement à mon amie Chloé, qui elle est quand même chouette. J’ai donc, à juste titre, pensé que trois cents pages, ça allait peut-être être un peu long. J’aurais donc pu arrêter de lire. Mais impossible. J’étais déjà totalement fascinée par l’histoire de cette fille qui décide de ne plus sortir de chez elle pendant un an. C’est un peu comme la première fois que j’ai vu de la téléréalité. C’était le Loft. C’était à la fois fascinant et creux. Un peu addictif. Et avec l’épisode de confinement que l’on vient de vivre, je pense que l’on peut tous se mettre dans la peau de ce personnage sans nom. On sait ce que cela représente de tourner en rond dans son appartement. De ne plus trop faire attention à l’heure, au jour…

Je suis certaine que certains lecteurs vont détester le nombrilisme de l’héroïne et le fait qu’il ne se passe vraiment pas grand chose dans ce roman – et pour cause. Néanmoins, moi, j’ai beaucoup aimé. Et j’ai eu toutes les peines du monde à le lâcher pour retourner à une vie normale.

Les scènes avec la psy totalement cinglée et les effets secondaires des médicaments que prend l’héroïne m’ont fait vraiment rire. Et même si ce roman est un peu creux, un peu vide, il est surtout drôle et fascinant. Et surprenant. Et tellement différent de ce que l’on peut lire habituellement. Un petit OVNI littéraire.

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Mon année de repos et de détente – Ottessa Moshfegh – Fayard – 304 pages (août 2019)

6 réflexions sur “Mon année de repos et de détente – Ottessa Moshfegh

  1. Merci Maeve!
    J’avais décidé sur un coup de tête de m’abonner à ce site. Et je ne le regrette pas! J’ai déjà commandé deux livres dont vous avez parlé (« Né d’aucune femme » et « Quand la vie te donne des citrons, fais-en une tarte meringuée »… plus feel-good) et votre texte me donne envie de lire celui-là. Alors c’est chouette et je suis contente d’avoir ce petit rendez-vous régulier avec vos avis…
    J’apprécie beaucoup votre univers, ce petit côté cosy.

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