Zone grise – Loulou Robert

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« Je suis face à mon père et je raconte l’histoire de celle qui ne voulait pas. Celle qui n’a pas dit non une seule fois. Celle qui ne s’est pas débattue. Ils me diront : pourquoi tu n’as pas dit non ? Pourquoi tu n’es pas partie ? Pourquoi tu l’as revu après ? Pourquoi tu as menti ? Pourquoi tu en fais un drame ? Pourquoi tu fais toujours des drames ? Certains penseront que je fais des histoires pour rien. Pour moi, ce ne sera jamais rien. Il faut faire des histoires. Ce livre n’est pas un roman. Ce livre est un combat.
À dix-huit ans, Loulou, alors jeune mannequin, « a une histoire » avec D, un photographe de mode. C’est ce qu’elle se raconte, parce que la réalité est trop insupportable : elle a été victime d’un prédateur, et si elle n’a pas consenti, elle n’a pas non plus résisté. Dix ans plus tard, toujours habitée par la culpabilité et la honte, elle tente de comprendre cette jeune fille qui n’a pas su, n’a pas pu dire non. Et s’attache, dans un style percutant et rageur, à effacer le gris de cette zone où rien n’est ni noir ni blanc. Au-delà de son histoire personnelle, il y a celle des filles et des garçons, de leur éducation. Parce que tout part de là. »

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J’ai un attachement particulier pour Loulou Robert depuis que j’ai animé une rencontre avec elle à la bibliothèque de Tours. A l’époque, elle venait de publier son deuxième roman, Hope, et ne connaissait pas encore bien la ville de Tours où elle a fini par s’installer. Cette rencontre est un très bon souvenir.

Depuis, je ne manque aucun des romans de Loulou Robert et je retrouve à chaque fois son écriture nerveuse et son style bien à elle, ses mots qu’on imagine sortis tout droit de ses tripes. Elle met beaucoup d’elle dans ses romans. Mannequin, elle a comme son héroïne passé un moment dans une clinique psychiatrique, vécu à New York, connu une histoire d’amour toxique.

Dans Hope, Bianca se fait agresser sexuellement par un photographe. En lisant ce passage, je me suis demandée si Loulou Robert avait vécu cela aussi. Les histoires de jeunes femmes, de jeunes filles, abusées par des photographes, des réalisateurs, des producteurs, des acteurs… n’ont malheureusement rien de rare. Et maintenant que certaines voix s’élèvent pour parler, on se rend compte de l’ampleur du phénomène. Et c’est affolant.

Malheureusement, Loulou Robert a effectivement été agressée sexuellement. Elle le raconte dans Zone grise, son premier récit. La zone grise, c’est ce que certains appellent une sorte de zone floue, quand la victime n’a pas dit non, pas dit oui, trop sidérée pour avoir la moindre réaction. L’agression de Loulou Robert pourrait être rangée dans cette zone. Pourrait.

A dix-huit ans, au début de sa carrière, Loulou Robert part faire un shooting avec un photographe reconnu, qu’elle appelle D (il s’agit de David Bellemere). Tout le monde lui dit que ça se passera bien, que c’est bon pour sa carrière. D et elle seront seuls, tout un week-end. Pour avoir de belles photos, il la dirige, la touche, tourne sa tête, écarte ses cuisses, tire sur sa culotte. Puis, il la pénètre. Pour elle, c’est le début d’une dissociation entre son corps et son esprit. Pour refouler son traumatisme, elle s’invente une histoire normale avec son agresseur, la vérité est trop dure à admettre. Quelques années plus tard, tout remonte à la surface. Elle décide de parler. De raconter. De dénoncer cette zone grise, qui laisse entendre que lorsque la victime ne dit rien, ce n’est pas grave, ce n’est pas un viol. Alors que si.

Dans ce récit poignant, on retrouve le style de la jeune romancière, une écriture qui vient du ventre et prend le lecteur aux tripes. Pas toujours simple à lire, révoltant, mais ça fait du bien de l’être, parfois, révoltés.

Ma chronique sur France Bleu Touraine :

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Zone grise – Loulou Robert – Flammarion – 224 pages (septembre 2020)

3 réflexions sur “Zone grise – Loulou Robert

  1. Une autrice que j’ai hyper envie de découvrir mais que je redoute en même temps car ses livres ont l’air « remuant ».
    J’avais vu une itw vidéo d’elle et c’est vrai qu’on sent qu’elle met beaucoup d’elle même dans ses romans, rien qu’à sa manière de parler de son rapport à l’écriture.

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Je vide ma Pile à lire – saison 5 épisode 9 | Mademoiselle Maeve

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