Féminisme et réseaux sociaux – Elvire Duvelle-Charles

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resume« On tourne un peu en rond, comme dans un bocal. Nos discussions ressemblent de plus en plus à des réunions d’instagrammeuses anonymes. On déteste les réseaux sociaux mais on ne peut plus s’en passer. On est accros. Aux likes, aux abonnés, aux DM, à l’argent. Chaque nouveau partenariat rémunéré me donne envie de vomir. Le lendemain, je me réveille avec une grosse gueule de bois et une envie de tout arrêter. Mais il y a toujours une étincelle qui arrive de temps à autre…
De la révolution du clitoris au Womanizer premium, il n’y a qu’un pas. Elvire Duvelle-Charles, journaliste, réalisatrice et activiste, coautrice du Manuel d’activisme féministe (Des femmes, 2019), écrit une histoire qui n’existait pas encore. Recueillant les témoignages d’autres influenceuses féministes tout en retraçant son parcours depuis Femen jusqu’à la gestion de sa communauté Clit Révolution de plus de 120 000 abonné•es sur Instagram, elle interroge la capitalisation et la violence du militantisme digital face à des algorithmes plus forts que les lois et à la vague réactionnaire qui s’annonce. »
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On va parler féminisme. Un sujet super casse-gueule. Je sais que je peux me faire reprendre de volée par les « vraies de vraies féministes » qui me diront que je dis n’importe quoi (sororité, mon c**) et avoir des échanges fatigants et désagréables avec ceux qui ne se sentent pas concernés, les misogynes ou les trolls. Alors pourquoi parler féminisme ? Parce que j’ai reçu, lors d’une Masse critique Babelio, Féminisme et réseaux sociaux : une histoire d’amour et de haine d’Elvire Duvelle-Charles paru chez Hors d’atteinte. un sujet qui m’intéressait, mais qui n’est pas facile à retranscrire.

Avant de vous parler du livre, je vais vous avouer un truc : j’ai longtemps eu la sensation de ne pas avoir besoin de me revendiquer féministe parce que je ne m’y retrouvais pas. Et ça a duré jusqu’à mes vingt-cinq ans environ où j’ai eu une sorte de révélation : « non mais quelle débile ! » J’ai grandi dans un environnement militaire, entourée de femmes au foyer qui semblaient heureuses . Ma maman nous accompagnait lors des sorties scolaires et elle avait le temps de corriger mes devoirs. Pour moi c’était tellement bien, tellement génial ! Plus tard, j’ai apprécié les compliments dans la rue (vous avez le droit de me trouver affligeante, je l’étais). Je me suis sentie en partie responsable de plusieurs agressions à mon encontre (je l’avais ans doute cherché). Et surtout, comme quand j’étais petite, je ne regardais que mon nombril et je ne me souciais pas vraiment des problèmes des personnes que je ne connaissais pas. Depuis ma révélation, je suis une bien meilleure personne et j’essaie de faire oublier à mon petit cerveau quelle égoïste j’ai été (c’est très difficile).

Bref, j’ai reçu Féminisme et réseaux sociaux : une histoire d’amour et de haine d’Elvire Duvelle-Charles, journaliste, réalisatrice, et activiste. A travers son expérience au sein des Femen, la gestion de la communauté Clit Révolution, Elvire Duvelle-Charles revient sur les dix dernières années de combats féministes sur les réseaux sociaux. Elle y parle du Tumblr édifiant Paye ta shnek qui à chaque fois que je lisais un témoignage, me donnait l’impression qu’une voix jugeante me disait des trucs du genre : « et toi qui trouvais flatteur d’être abordée dans la rue… Mais quelle c****. » Dans Féminisme et réseaux sociaux : une histoire d’amour et de haine, Elvire Duvelle-Charles a aussi recueilli les témoignages de créatrices de contenu comme @jemenbatsleclito, @jouissance Club et @merci Beaucul. Qui sont aujourd’hui bien usées.

Cette lecture est terrible. A la fois enthousiasmante quand on pense à tout ce que les réseaux sociaux ont permis – et permettent toujours de faire – comme mettre sur la place publique le harcèlement de rue, les victimes de féminicides, le manspreading, l’endométriose… Les réseaux sociaux éduquent, informent, sensibilisent et parfois obligent à agir. Tout cela donne naissance à des petits et petites féministes qui n’ont pas à attendre leurs vingt-cinq ans pour voir qu’il serait bien temps de mettre fin au patriarcat. Au moins au patriarcat.

Mais aujourd’hui, les comptes féministes ont du mal à survivre. Facebook et Instagram bloquent du contenu en raison de certains critères étranges. Alors qu’une fois, je me suis retrouvée face à un pénis dans une sandale à talons sur Facebook ! Un pénis. Dans une sandale à talons (Je ne remercie pas l’ami qui a partagé cette photo). Et une autre fois devant la vidéo du passage à tabac d’un enfant. Quand je pense que Facebook a bloqué l’URL de mon blog car il ne répond pas à leur politique de publication, ça me rend folle. J’ai tout essayé pour régler la situation, sauf assigner Facebook en justice. Certaines instagrameuses dont parle Elvire Duvelle-Charles l’ont fait – une action collective, nettement plus efficace – mais comme si un membre du GAFAM allait se laisser faire sans réagir…

J’ai appris beaucoup de choses avec ce livre. J’ai trouvé le sujet aussi intéressant que je l’imaginais. Et je comprends que les Instagrameuses féministes commencent sérieusement à craquer, entre les publications que personne ne voit, les insultes, les menaces et le fait que certaines dépendent des partenariats pour bouffer et se retrouvent à parler de produits qu’elles ne conseilleraient pas par ailleurs et quid de leur image alors ? Dans tous les cas, j’ai trouvé cette lecture vraiment intéressante. Et je vous la conseille si le sujet vous interpelle.

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Féminisme et réseaux sociaux : une histoire d’amour et de haine – Elvire Duvelle-Charles – Hors d’atteinte – 216 pages (février 2022)

7 réflexions sur “Féminisme et réseaux sociaux – Elvire Duvelle-Charles

  1. C’est vrai que les RS, c’est compliqué pour les personnes qui tiennent des comptes féministes. Les insultes, les fermetures à durée variable pour on ne sait quelle raison… En revanche, je ne comprends pas ton introduction au sujet de te prendre une volée par les « vraies de vraies féministes ». Peux-tu m’éclairer ?

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    • Pas simple de répondre à ta question sans maladresses… Dans le livre, il est question d’un tacle de Mona Chollet envers les Femen. Je ne sais plus ce qu’elle dit exactement, mais Mona Chollet trouve qu’il y a de meilleures féministes, plus intellectuelles (en gros). Certains mouvements pensent avoir une sorte de vérité absolue et en désinguent d’autres en passant. Je trouve juste dommage que tout le monde ne soit pas respectueux des autres (mode Bisounours ON) et que les personnes n’étant pas au courant de tout ce qu’il faut défendre se fassent parfois incendier plutôt qu' »éduquer » (le terme est pourri). Il en est aussi question dans le livre. Ma réponse te va ?
      Bisous 😊

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      • Ta réponse me va parfaitement, merci =)
        Je pense pas que ce soit tant des mouvements que des individus qui jugent que telle est plus féministe que telle autre.
        Avec une amie, on discutait de ça et en fait on pense plutôt qu’il y a le militantisme des RS (important, qui éduque) et l’activisme, IRL (important également). Alors peut-être que les termes ne sont pas précis, pas tout à fait exacts, mais ça nous permet d’y voir clair quand on parle d’une personne, sur ce qu’elle fait.
        En revanche, le propos de Mona Chollet, c’est juste de la connerie élitiste. C’est bien, il faut des intellectuelles, il faut mettre des mots sur les choses, mais c’est pas plus essentiel que le reste ; tout a son importance !
        Encore merci ^^

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  2. Tu as raison, le sujet est casse-gueule… je ne me rends effectivement pas compte à quel point les réseaux empêchent les « vrais » messages. Après (moi aussi j’ai un mode bisounours), je me dis qu’il ne faut pas forcément être féministe pour se faire entendre, j’espère toujours que chacun se bornerait à respecter les choix des autres, que ce choix soit de s’épiler ou pas, de travailler ou d’élever ses enfants, de porter la mini-jupe… mais je suis évidemment bien consciente que le féminisme, c’est bien plus que ça… et dans un cas comme dans l’autre, je n’aime pas le radicalisme. Mais pour en revenir à ton sujet, je te remercie pour cet éclairage !

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