Vénère, être une femme en colère dans un monde d’hommes – Taous Merakchi

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« Parce que je suis une femme, j’ai peur de sortir seule la nuit, de porter des vêtements qui me plaisent, d’exprimer mon opinion ou mes émotions. Ces peurs sont à l’origine d’une immense colère que j’essaie de contenir tant bien que mal. Cette colère, ça fait désormais trente-quatre ans que je vis avec et qu’elle me ronge les tripes, au point de se retourner régulièrement contre moi. Lassée d’être seule à en subir les conséquences, j’ai donc cherché à comprendre quels en étaient les origines et les éléments déclencheurs, afin de l’assainir et de la diriger non plus contre moi-même, mais contre ceux qui la méritent. »
Taous Merakchi prend ici la parole pour toutes les femmes qui n’en peuvent plus d’avoir peur, de ne pas être prises au sérieux et de toujours devoir se justifier.
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Vénère, être une femme en colère dans un monde d’hommes est un essai signé Taous Merakchi. A priori, une catégorie de livres que je ne lis pas, mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et ce livre de Taous Merakchi m’intéressait en raison du sujet et de son autrice.

Taous Merakchi est écrivaine. Elle est notamment à l’origine du Grand mystère des règles et de Witch please. Elle travaillait pour le mag en ligne Madmoizelle au moment où je le lisais – c’est d’ailleurs sans doute grâce à Madmoizelle que je me suis posé les questions qui ont fait de moi une féministe convaincue (et j’espère parfois convaincante).

A l’époque, Taous Merakchi écrivait sous le pseudo de Jack Parker et est devenue rédactrice en chef du magazine en ligne. Elle a aussi dirigé une publication sur le harcèlement scolaire, réalisé des podcasts, des lettres d’infos, elle pige pour des magazines féminins et tient un blog sur les films d’horreur…

Vénère, être une femme en colère dans un monde d’hommes et sans doute son livre le plus personnel et il n’a pas été simple à écrire. Entre le confinement, un accouchement, un cancer, elle a pris ses tripes à deux mains pour les coucher sur le papier afin de canaliser sa colère et de parler aux femmes. Et aux hommes.

Je vais commencer, une fois n’est pas coutume, par ce qui m’a moins plu dans le texte : le fouillis. En lisant, je réfléchissais à ma chronique pour France Bleu Touraine et je me demandais par quel bout la prendre. Et puis finalement, les élections présidentielles ont fait que ma chronique a sauté Je peux comprendre, mais quand même ! (Je plaisante, bien entendu).

En dehors de ça, je n’ai rien à reprocher à Vénère, que j’ai lu avec un grand intérêt. J’ai même pris des notes DANS le livre et corné des pages – ce que toute bonne bibliothécaire voit comme une hérésie, surtout quand, comme moi, elles doivent s’armer de patience, d’une bonne gomme, d’un pinceau et d’une pointe fine pour remettre à neuf un livre annoté, tout en maudissant sur trente-cinq générations l’auteur du méfait.

Ses réflexions sur le fait d’être née femme sont vraiment intéressantes. Être née femme revient à être considérée comme faible pour certains hommes, une proie, un objet sur lequel on se retourne, qu’on reluque, qu’on insulte, qu’on frappe, qu’on viole. Elle met le doigt sur quelque chose qui m’a vraiment  fait réfléchir : quelle femme n’a jamais été agressée au moins une fois dans sa vie ?

Quand j’y pense, moi, cela m’est arrivé plus d’une fois. J’ai été suivie, attrapée par un type qui voulait me faire monter dans une voiture, un autre qui a essayé de me traîner loin de l’arrêt de bus où je me trouvais et a fini par me lécher le bras, j’ai été embrassée de force deux fois, j’ai été étranglée dans la rue et pire encore. Et il y avait toujours du monde autour de moi et personne pour m’aider.

Il est probable que vous aussi, vous avez dû être agressée au moins une fois. Et ce n’est pas normal. Lorsqu’elle publiait encore sous le pseudo de Jack Parker, une histoire a fait le tour de la toile. Taous Merakchi, elle été agressée un soir en rentrant chez sa mère. Elle a écrit un article avec une photo de sa tête couverte d’hématomes appelé J’ai été agressée mais je vais bien merci, que je vous invite à aller voir si vous ne l’avez jamais lu (ou s’il ne vous laisse qu’un vague souvenir car il date quand même de 2012).

Est-il normal de se dire à la fin d’une soirée lorsque l’on rentre seule, « tu m’envoies un SMS pour me dire que tu es bien rentrée » ? Est-il normal lorsque l’on marche dans la rue le soir de tenir dans ses mains son trousseau de clés pour s’en servir au cas-où ?

Vénère nous permet de connaître un peu mieux l’autrice, les raisons de sa colère et de réfléchir à sa propre condition de femme. Attention quand même, la lecture risque de vous foutre en boule.

J’ai appris une petite chose à propos de l’autrice qui me fait dire que JAMAIS je ne l’inviterai à passer une soirée avec moi et je vous laisserai découvrir pour quelle raison. Et je sûre que vous comprendrez !

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Vénère, être une femme en colère dans un monde d’hommes – Taous Merakchi – Flammarion – 256 pages (mars 2022)

8 réflexions sur “Vénère, être une femme en colère dans un monde d’hommes – Taous Merakchi

  1. Aaaah Jack Parker ♥ J’aime beaucoup ce qu’elle fait même si tout ne me parle pas forcément dans ses projets : c’est ce qui fait qu’elle me plait bien, je n’ai pas besoin d’adhérer à tout ce qu’elle dit pour apprécier ses écrits 🙂
    J’avais sûrement me laisser tenter par ce bouquin un de ces quatre !

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