Le gosse – Véronique Olmi

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« Joseph est né le 8 juillet 1919 à Paris et il en est fier. Paris ce n’est pas seulement la ville, c’est la plus grande des villes, belle de jour comme de nuit, enviée dans le monde entier, il est un titi, un petit bonhomme de sept ans, maigrelet mais robuste, on ne croirait jamais à le voir, la force qui est la sienne. »
Joseph vit heureux entre sa mère, plumassière, sa grand-mère qui perd gentiment la boule, les copains du foot et les gens du faubourg. Mais la vie va se charger de faire voler en éclat son innocence et sa joie. De la Petite Roquette à la colonie pénitentiaire de Mettray – là même où Jean Genet fut enfermé -, l’enfance de Joseph sera une enfance saccagée. Mais il faut bienheureusement compter avec la résilience et l’espoir.
Véronique Olmi renoue avec les trajectoires bouleversées, et accompagne, dotée de l’empathie qui la caractérise, la vie malmenée d’un Titi à l’aube de ce siècle qui se voulait meilleur.monavis

Jusqu’à ce que je me plonge dans Le gosse, je n’avais jamais lu un roman de Véronique Olmi. Ce n’est pourtant pas les occasions qui ont manqué, car à la bibliothèque où je travaille, il y a un grand nombre de ses romans – elle en a écrit près d’une trentaine. J’avais bien envie de lire Les évasions particulières à sa sortie, mais que voulez-vous, avec la quantité de romans qui paraissent, on est obligés d’en laisser de côté. Bon en revanche, j’avoue que malgré les avis élogieux sur Bakhita, je n’aipas été tentée – heureusement que je n’ai pas envie de lire tous les livres, sinon je ne m’en sortirai pas. Bon, donc trente livres et jusqu’au Gosse, aucun de lu. Je ne peux donc pas comparer,mais ma collègue Valérie l’a trouvé moins bien et n’et pas allée au bout de sa lecture.

Lors d’une édition du salon Polar sur Loire à Tours, Jean-Michel Sieklucki, auteur du Temps des exigences m’a dit qu’il travaillait sur le sujet de la colonie pénitentiaire de Mettray (« Oh, c’est vrai, super !  » – Bon sang, mais de quoi parle-t-il ?) et je ne savais absolument pas de quoi il retournait. J’ai donc appris brièvement qu’il s’y était passé des choses difficiles, et que cela concernait de jeunes garçons. Quelque temps plus tard, est sorti La colonie de Mettray, Lumière et ombre, Un bagne d’enfant en Touraine ? paru chez Lamarque et c’est probablement ce livre qui a interressé l’autrice car Jean-Michel Sieklucki est dans les remerciements du roman. Plus intéressée par les romans que par les documentaires, je me suis dit que la lecture du  Gosse allait m’apprendre ce que j’avais à savoir sur la colonie de Mettray.

Au début du roman, qui se déroule dans les années vingt, Joseph est un petit garçon heureux. Il vit à Paris avec sa mère et sa grand-mère. Son père n’est jamais revenu de la guerre, mais au milieu de ces deux femmes, de ses copains, de ses voisins, Joseph vit une enfance insouciante. Puis, c’est la dégringolade. Sa mère meurt, il n’a plus que sa grand-mère pour veiller sur lui, mais elle perd l’esprit et c’est plutôt lui qui veille sur elle, jusqu’à ce que ce ne soit plus possible. Alors Joseph se est placé sous la tutelle de l’État qui place ses pupilles dans des familles… qui les exploitent. Joseph se retrouve dans une famille qui le fait travailler comme un ouvrier agricole – mais de sept ans. Après qu’il se soit fait prendre en train de fuir, il est envoyé à la Petite Roquette à Paris, une prison dans laquelle les enfants sont traités de manière inhumaine. Il est enfin envoyé à Mettray, une institution privée subventionnée par l’État français.

La colonie de Mettray voit le jour en 1839, grâce à l’idée de Frédéric-Auguste Demetz. Et au départ, elle a bonne presse. Demetz souhaitait vraiment aider les enfants. Ils pouvaient profiter du bon air de la campagne, être remis sur les rails, apprendre un métier, recevoir une éducation et de la discipline. Mais si la colonie a été saluée à ses débuts pour ses bons résultats – beaucoup de jeunes sortant de Mettray, trouvaient du travail grâce à leur formation – au moment où Joseph y est envoyé, ce n’est absolument plus le cas. La direction a changé, les subventions ont été réduites comme peau de chagrin et les éducateurs ont été remplacés par d’anciens gardiens de prison qui prenaient plaisir à torturer. Mettray n’est ni plus ni moins qu’un bagne pour jeunes garçons. S’il y a école ce n’est qu’une heure par jour. Les gosses sont à peine nourris, travaillent comme des chiens, ils doivent se méfier de leurs camarades qui sont prêts à les dénoncer et les punitions sont épouvantables – je pense que je n’oublierai pas, comme Joseph, le bruits des bottes traînant sur le gravier… Il y a pourtant deux choses merveilleuses qui vont sauver Joseph de l’horreur de Mettray : l’amour et la musique.

Je ne vais pas vous en dire plus sur l’histoire, mais j’imagine que vous avez au moins compris qu’elle était difficilement supportable. La colonie pénitentiaire ne fermera qu’en 1937, grâce à des campagnes de presse dénonçant les conditions de vie et l’existence même de ces bagnes pour enfants. Pendant ses cent ans d’existence, Mettray aura accueilli plus de 17 000 enfants. Des délinquants, des orphelins ou des enfants envoyés par leurs parents pour apprendre à se tenir.

Je suis contente d’avoir enfin découvert l’histoire de Mettray à travers le personnage de Joseph. Cela m’a même donné envie d’aller plus loin et de lire le livre de Sieklucki. Le gosse vaut pour son histoire. Si comme moi avant de lire ce roman, vous ne connaissez pas la colonie pénitentiaire de Mettray – qui est seulement à trente kilomètres de chez moi – l’histoire de Joseph et des autres gamins envoyés là-bas pourra vous retourner, vous choquer, vous révolter et vous attrister. En tout cas, elle ne vous laissera pas de marbre. Heureusement que l’histoire d’amour en filigrane apporte un peu de légèreté. D’une certaine façon ce roman m’a fait penser à Nickel Boys de Colson Whitehead, qui raconte l’histoire d’un centre d’incarcération pour jeunes noirs américains. Dans tous les cas, c’est à vomir.

Voir ma chronique sur France Bleu Touraine :

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Le gosse – Véronique Olmi – Albin-Michel – 304 pages (janvier 2022)

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