Un long, si long après-midi – Inga Vesper

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« Hier, j’ai embrassé mon mari pour la dernière fois. Il ne le sait pas, bien sûr. Pas encore. »
Dans sa cuisine baignée de soleil californien, Joyce rêve à sa fenêtre. Elle est blanche, elle est riche. Son horizon de femme au foyer, pourtant, s’arrête aux haies bien taillées de son jardin. Ruby, elle, travaille comme femme de ménage chez Joyce et rêve de changer de vie. Mais en 1959, la société américaine n’a rien à offrir à une jeune fille noire et pauvre. Quand Joyce disparaît, le vernis des faux-semblants du rêve américain se craquelle. La lutte pour l’égalité des femmes et des afro-américains n’en est qu’à ses débuts, mais ces deux héroïnes bouleversantes font déjà entendre leur cri. Celui d’un espoir brûlant de liberté.
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Lorsque j’ai reçu Un long, si long après-midi, le premier roman d’Inga Vesper, journaliste allemande installée à Glasgow, je n’ai pas attendu longtemps pour me plonger dedans. Ce roman se déroule aux États-Unis en 1959, à une période où la ségrégation est encore de mise, il faudra attendre 1964 pour que le président américain Lyndon B. Johnson signe la loi sur les droits civiques qui abolit la ségrégation raciale et les pratiques discriminatoires. Depuis que j’ai lu La couleurs des sentiments de Kathryn Stockett, je me suis intéressée à cette période, ce moment où les choses ont commencé à changer pour les Afro-Américains,

Donc, nous sommes en 1959, en plein été, dans le quartier huppé de Sunnylakes à Santa Monica, où Ruby fait le ménage pour entretenir sa famille et économiser car elle rêve de s’inscrire à l’Université. La plupart des femmes du quartier de Sunnylakes ne travaillent pas, mais ne font pas non plus le ménage. Certaines ne la voient pas, d’autres sont sur son dos comme Madame Ingramm. Après avoir terminé son travail chez cette harpie, elle se rend chez Joyce, une femme qu’elle apprécie car elles discutent de temps en temps. Mais ce jour-là, elle découvre la petite fille de Joyce, Barbara, dans le jardin, l’air perdu et entend le bébé hurler comme si cela faisait des heures qu’il était seul. Elle se précipite dans la maison récupérer le bébé et découvre que Barbara est couverte de sang. Joyce a disparu. Il n’en faut pas plus pour que Ruby se retrouve en cellule. Mick Blanke, un inspecteur fraîchement muté dans le coin, fait sortir la jeune femme, car pour lui elle est un témoin. Mick et Ruby vont former un duo insolite pour tenter de retrouver Joyce.

Un long, si long après-midi est un roman choral. On suit Joyce, une jeune femme engoncée dans un costume inconfortable de femme au foyer qui disparaît en pleine journée. On suit Ruby, une jeune femme intelligente, qui vit avec son père et sa sœur dans un petit appartement, qui a un petit ami, Joseph, qui voit d’un mauvais œil la relation « professionnelle » entre Ruby et Mick, Une femme noire et un homme blanc, cela se terminera forcément mal pour Ruby. Mais elle veut aider à retrouver Joyce et à proposé à l’inspecteur de jouer les espionnes dans les maisons où elle fait le ménage. Et puis on suit Mick, un homme progressiste par certains côtés – en tout cas ouvert aux changements même si cela le surprend ; une femme qui conduit par exemple ; sa considération pour Ruby – mais encore lui aussi engoncé dans son confort – le dîner qui doit être posé sur la table quand il arrive, les remarques sur sa femme enceinte (assez drôles au demeurant, j’ai un peu honte d’avoir ri).

J’ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman, son ambiance à la Mad Men et à La couleurs des sentiments (je ne vous l’ai pas dit mais c’est un de mes romans favoris). J’ai aimé les personnages et notamment Ruby, qui prend pas mal de risques pour comprendre ce qui a bien pu arriver à Joyce. Et aussi le personnage d’une voisine qui va beaucoup aider Mick, comme elle aide les femmes au sein de son association de quartier.

Ce roman est aussi une peinture de l’époque, une époque qui change doucement, mais pas encore pour tout le monde, par encore vraiment pour Ruby, qui travaille dur, qui travaille bien, mais que personne ne voit, que personne ne considère. Comme toutes ces femmes, employées de maison, nurses, renvoyées du jour au lendemain quand par exemple quelque chose disparaît, même si elles n’y sont pour rien, jetées dehors sans rien alors qu’elles ont élevés les enfants de la famille. Bref, une période détestable. Ruby, elle, espère étudier, et pourquoi pas un jour entrer dans la police. On ne sait jamais…

Franchement, j’ai été emballée par Un long, si long après-midi. Un premier roman vraiment chouette. Enfin, il y a quand même une histoire de disparition et une enquête, ce n’est pas un feel good non plus… Mais je l’ai trouvé chouette quand même !

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Un long, si long après-midi – Inga Vesper – Les éditions de La Martinière – 416 pages (mars 2022)

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